Jeudi 14 juillet 2011 4 14 /07 /Juil /2011 14:09

25 Hands linking Freedigit

 

J’ai eu récemment l’honneur et je dirais même le privilège d’expérimenter, à l’occasion d’un séjour chez un ami, le partage de toilettes.

 

Chez l’ami en question, les WC sont sur le palier et d’utilisation commune avec les voisins, ce qui crée une intimité soudaine et inattendue avec de parfaits inconnus. En effet, à Paris, on a rarement l’occasion de côtoyer vraiment ses voisins et encore moins les voisins de ses amis. Le partage de WC multiplie les opportunités de rencontre, à toutes les heures du jour et de la nuit. La première difficulté survient quand on arrive au même moment devant la porte et qu’il faut définir un ordre de passage. Evidemment si le voisin tient un magazine à la main, il suffit de lancer :

 

« Ah là je vois que c’est du sérieux, je suppose qu’il y en a pour un moment, si ça ne vous ennuie pas, je passe en premier, ce sera rapide, promis ! »

 

Et là bien évidemment, je me retrouve paralysée par la présence du voisin de l’autre côté de la porte et ce qui aurait dû être un petit pipi express de 30 secondes devient une séance de yoga de 10 à 15 minutes pour parvenir à m’abstraire totalement du contexte environnant et à m’imaginer seule dans un bois, loin de tous, pour que s’écoule sans pudeur le flot tant attendu. Quand je libère enfin les lieux, le voisin a déjà lu l’intégralité de son magazine et me jette un regard furibard, auquel je réponds par un sourire gêné avant de disparaître. Bon ça, c’est au début parce qu’on arrive rapidement à des niveaux d’intimité insoupçonnables. Les conversations de palier - qui d’habitude tournent autour du temps qu’il fait - descendent rapidement au ras du slip, si j’ose m’exprimer ainsi :

 

« Bonjour comment allez-vous ? J’ai vu que le petit avait la diarrhée, c’est épouvantable (…) oui, merci, ma cystite est passée, j’ai bu du jus d’airelles comme vous me l’aviez conseillé et ça a très bien fonctionné, quel soulagement ».

 

Mais l’intimité entre voisins a ses limites et ce qui est à l’origine un acte banal voire prosaïque devient une sortie à part entière. Vous êtes-vous déjà demandé, par exemple, comment vous alliez vous habiller pour aller aux WC ? Eh bien moi oui, presque quotidiennement ! Prise d’un besoin urgent alors que j’étais en train de regarder un film affalée dans le canapé en jogging, je me suis aperçue que le jogging en question était troué et j’ai décidé qu’il était hors de question de prendre le risque que les voisins me voient ainsi ; je me suis changée. Une nuit, je me suis réveillée brusquement avec une folle envie de faire pipi et comme j’étais en nuisette moyennement décente, j’ai attrapé dans le placard la première chose qui me tombait sous la main pour au final faire ma « sortie WC » en robe du soir ultra chic et en talons. Là, je peux vous dire que j’ai regretté de n’avoir croisé personne !

 

Tout bien réfléchi le seul inconvénient majeur de cette expérience inoubliable a été la hausse exponentielle de mon « budget WC », pour deux raisons essentielles :

 

1)      Achat de papier-toilettes de marque, double épaisseur, molletonné et à fleurettes, bref la Rolls Royce du papier-toilettes, histoire de faire bonne impression. D’habitude je prends le produit le moins cher mais en l’occurrence, c’était une question d’image.

 

2)      Achat de spray déodorant en grande quantité, au parfum des îles ou à la violette, également pour faire bonne impression mais cette fois du point de vue olfactif, au risque de transformer les lieux en « hammam de senteurs » irrespirable.

 

Une fois rentrée chez moi, en retrouvant le luxe des toilettes privatives auxquelles on accède sans scrupule en nuisette comme en jogging troué, j’ai été envahie par un immense sentiment de déception. J’ai regardé tristement la lunette solitaire, qu’on astique que pour soi et pas pour qu’elle soit admirée par d’autres, à quoi bon…Et j’ai songé que dans nos sociétés modernes où le confort individualiste a remplacé le partage et la solidarité, la joie simple de pouvoir dépanner ses voisins d’un rouleau de papier, les WC avaient perdu à jamais leurs deux lettres de noblesse pour devenir à jamais un « petit coin » mesquin, fonctionnel et isolé.

 

 

Crédit photo :

http://www.freedigitalphotos.net/

 

Par Erika d.
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