Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 14:21

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Mon proverbe préféré est : « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». Si la sagesse populaire a vu juste, alors je suis d’une intelligence rare - à la limite du génie probablement - parce que je change d’avis toutes les vingt secondes.

                                                       

Un jour que j’avais décidé d’aller en Chine apprendre le mandarin, je me suis retrouvée en mission humanitaire au Congo. Et si je prépare des vacances aux Maldives, il y a de fortes chances pour que j’atterrisse en Bretagne ou en Belgique ; dans ces cas-là, c’est en général l’agent de voyage qui choisit pour moi en fonction de paramètres tout à fait pertinents : « vous n’avez que trois jours de vacances, les Maldives, c’est un peu loin, non ? ».

 

Je considère les rendez-vous pris à l’avance chez le coiffeur comme une absurdité. D’ailleurs, il suffit que je sois empaquetée dans un grand peignoir sans manches face à une paire de ciseaux pour que mes cheveux effrayés m’intiment l’ordre de les laisser pousser.

 

Ce blog est un exemple parfait de mes changements d’avis intempestifs. Au départ, j’avais pris la résolution de publier une fois par semaine, le mercredi, puis je me suis dit qu’une fois par mois suffirait mais je n’ai pas été en mesure de tenir le rythme, alternant entre des phases de frénésie rédactionnelle et des phases de cyber-éclipses. Paradoxalement, depuis que j’ai décidé de « bloguer quand ça me prend », je me retrouve à poster de nouveaux articles tous les 14 du mois, avec une régularité d’horloger suisse.

 

Le plus drôle, c’est quand j’ai un avis tranché. Si je décrète que « la grève et les manifs, franchement, ça fait pas progresser le PIB », je finis toujours par me laisser enrôler dans un défilé de cégétistes gonflés à bloc, soudain gagnée par leur enthousiasme révolutionnaire. Ou alors si je juge que « le violet, c’est moche » le lundi, j’achète un tee-shirt violet le mardi.

 

L’avantage de ce mode de pensée et d’action, c’est que je peux me permettre de prendre des mauvaises décisions, voire des décisions totalement stupides, puisque je sais que je ne vais pas les suivre. Malheureusement, dans nos sociétés modernes focalisées sur la planification, l’anticipation et la prévoyance, je me trouve souvent désorientée. Je me raccroche comme je peux aux branches de la flexibilité : si souvent valorisée mais si mal pratiquée ! Heureusement mes amis, eux, ont des repères solides, comme Camille qui a affiché dans sa salle de bain cette citation qui lui sert de devise : « rien n’est sûr mais c’est une piste ». Exactement.

 

Autre difficulté : mes compagnons successifs ont presque tous souffert du syndrome du paquet de cigarettes, créé de toutes pièces par les médias qui ne cessent de diffuser les témoignages larmoyants d’amoureux abandonnés sans préavis : « il a dit qu’il descendait juste acheter des cigarettes et puis il n’est jamais revenu ». Moi par exemple, lorsque je file vite fait à la boucherie chercher de quoi déjeuner, je reviens en général quatre à huit heures plus tard avec un journal, des timbres et un ours en peluche pour l’anniversaire de mon neveu, dans six mois. Entre temps, mon petit ami du moment est devenu hystérique, sous l’influence de ces reportages catastrophistes. Contrairement à ce que disent les médias, je reviens toujours. Mais nul ne peut prévoir quand, surtout pas moi.

 

Un de mes ex avait trouvé la parade idéale : chaque fois que je disais « je descends acheter du pain », il se levait d’un bond en criant « non, non j’y vais, repose-toi ». C’était idéal parce que comme j’avais décidé d’aller à la boulangerie, j’étais ravie de changer d’avis et de lire un bon bouquin à la place. Tout le monde était content et l’heure « normale » du repas était respectée. J’ai ajouté des guillemets au mot « normale » parce que selon moi le meilleur moment pour manger, c’est quand on a faim. Et ça peut arriver n’importe quand. La vie n’est pas prévisible.

 

« Au fond, tu ne sais pas ce que tu veux » m’a fait remarquer un esprit chagrin. L’explication est séduisante mais ça n’est pas du tout ça. Je sais parfaitement ce que je veux. Et ce que je veux par-dessus tout, c’est pouvoir changer d’avis et modifier mes plans ou mes idées en fonction de l’humeur du moment.

 

 

Crédit photo :

www.freedigitalphotos.net/images

 

Par Erika d.
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