Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 14:40

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Un jour mon amie Kettie, qui est également blonde, m’a fait remarquer à juste titre :

 

« Erika, c’est curieux que tu n’arrives toujours pas à conduire alors que tu as ton permis depuis des années. Je me demande si tu ne souffres pas d’un trouble du dysfonctionnement, ça vaudrait la peine de poser la question à un psy ».

 

Comme Kettie est quelqu’un de très avisé – qui de surcroît conduit un minivan rose presque quotidiennement – j’ai suivi son conseil et je me suis engagée sur la voie de la thérapie, qui s’est révélée aussi périlleuse pour moi que la conduite automobile.

 

Le mot thérapie vient des racines grecques thê (dieu) et rapeuein (servir) auxquelles on a ajouté pi (∏ ou 3,14115) pour indiquer qu’il est très compliqué de soigner un individu souffrant d’autre chose que la grippe, surtout lorsqu’il s’agit de maux d’origine psychologique difficiles à cerner.

 

Donc j’ai commencé une psychothérapie tendance jungienne, du nom de son créateur Jung, découvert au hasard des pages jaunes. Jung c’est Freud version bouddhiste zen : on retrouve tous les concepts tortueux du moi, sur-moi, soi, ça et là mais on a le droit de faire du yoga en parallèle. Enfin, je crois. En fin de compte, c’est le même mille-feuille thérapeutique : on enlève une couche de névrose pour s’apercevoir qu’il en reste 999 autres et on en prend pour vingt-cinq ans, à raison de deux séances par semaine à soixante euros. Il faut pouvoir suivre. Histoire que j’en aie pour mon argent sans doute, le psy a essayé de me convaincre que j’avais été battue, molestée et trahie durant ma prime enfance, ce qui m’a évidemment mise dans un état pas possible. Cela revient à peu près au même que de montrer des films d’horreur avant de dormir à un enfant qui fait des cauchemars. Ce n’est pas sérieux du tout. J’ai donc remballé mon déni, mon refoulé et tous les autres ingrédients névrotiques qui font de moi un être unique pour entrer en rébellion en allant voir un comportementaliste.

 

Les comportementalistes sont les pires ennemis des psys parce qu’ils traitent les comportements sans chercher à les expliquer. Ca a donné à peu près ça :

 

- Alors qu’est-ce qui ne va pas, ma petite demoiselle ?

-  Je n’arrive pas à conduire alors que j’ai mon permis

- Vous avez besoin de conduire ?

- Pas vraiment puisque j’habite à Paris et qu’il y a le métro

- Bon voilà déjà un problème résolu ! Autre chose ?

- Non…enfin, je n’arrive pas à travailler normalement, ni à vivre en couple, ni à vivre seule, d’ailleurs.

- Vous savez, vu le nombre de gens qui viennent me consulter, dites-vous bien que vous n’êtes pas la seule à avoir des problèmes !

 

Je suis sortie totalement ragaillardie. Mais six mois plus tard, Kettie m’a de nouveau fait remarquer fort judicieusement :

 

« Djamel m’a dit que tu lui avais demandé d’emprunter sa voiture quinze fois en deux mois et qu’il en a ras-le-bol parce que tu lui as bousillé son embrayage en essayant de démarrer en 5ème, et qu’en prime tu piques des crises de nerfs ingérables quand il te refuse sa Peugeot. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? ».

 

J’ai expliqué qu’effectivement, je me sentais beaucoup mieux depuis la séance avec le comportementaliste et que j’avais très envie de conduire, peut-être sans avoir abouti totalement le processus de développement de mes capacités de coordination physiques et mentales mais que j’attendais de mes amis qu’ils m’encouragent, au lieu de refuser de me prêter leur voiture sous des prétextes d’embrayage fallacieux. Kettie a décrété qu’elle m’apprendrait à conduire correctement, une fois que j’aurais réajusté mon comportement, chez le psy. L’idée de me trouver un jour au volant de son minivan rose m’a bien évidemment convaincue.

 

Je suis donc partie en quête d’une nouvelle forme de thérapie brève mais efficace, si possible. Après avoir épuisé en vain toutes les ressources de la sophrologie, du Gestalt, de l’hypnose, de l’analyse transactionnelle, de l’acupuncture et du shiatsu réunis, on m’a conseillé de tester la thérapie métaphysique ventrale du gourou Vardinashpatrak Radamvasilussomshamkpour. On vous allonge sur une table de massage et on vous fait pousser de grands « ooooom » en respirant très fort jusqu’à ce que vous arriviez à prononcer sans faute et d’une seule traite le nom du gourou Vardinashpatrak Radamvasilussomshamkpour. En gros, on vous guérit d’un autre problème que celui pour lequel vous êtes venu, sans que personne ne sache jamais exactement de quoi il retourne ni pourquoi ça fonctionne. Et tant mieux car c’est d’une rare efficacité.

 

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Par Erika d.
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Jeudi 28 avril 2011 4 28 /04 /Avr /2011 17:11

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J’ai mon permis mais je ne conduis jamais ; c’est beaucoup trop dangereux.

 

D’abord, lorsque je suis au volant, je stresse en songeant que n’importe quoi peut surgir devant mon pare-choc à n’importe quel moment : une autre voiture, un feu-rouge, un poteau électrique… ou même un piéton ou un chat.

 

Ensuite la conduite n’est pas logique : il y a trois pédales alors qu’on n’a que deux pieds et du coup je m’emmêle systématiquement les pédales, provoquant un risque de « perte de contrôle du véhicule », comme disent les moniteurs d’auto-école.

 

Au bout de soixante-quinze heures de leçons de conduite à la campagne chez ma grand-mère, où justement il n’y a pas un chat, le moniteur m’a dit :

 

« Je crois que vous êtes prête, Erika. Le jour de l’examen, il faudra simplement faire attention à ne freiner que lorsque c’est nécessaire sans trop anticiper, ok ? Comme je vous l’ai souvent dit : anticiper le danger, c’est le prévenir mais trop l’anticiper c'est déjà faiblir. Hein ? ».

 

Je peux dire avec une certaine fierté que j’ai eu mon permis au bout de la troisième fois seulement et encore dans des conditions épouvantables. Tout le temps qu’a duré l’épreuve, l’examinateur était absorbé dans une scène de ménage téléphonique avec sa femme qui venait apparemment de découvrir l’existence d’une maîtresse « imaginaire », selon mon copilote indigné. L’avantage, c’est que je n’ai pas eu à changer de vitesse, ni à réaliser un créneau et que c’est l’examinateur lui-même qui s’est chargé de donner de brusques coups de frein à ma place toutes les deux minutes – un peu comme des tics nerveux – sans doute en réponse aux  insultes de sa femme, à l’autre bout du fil. J’ai été tellement secouée que j’en ai perdu toute envie de freiner.

 

En somme, je n’arrive à conduire que quand j’ai trop bu : totalement déstressée, tous mes réflexes reviennent et je trouve naturellement pédale à mon pied. Je fonce sans m’inquiéter bêtement de ce qui pourrait surgir devant mon pare-choc.

 

Mais comme la conduite en état d’ivresse est interdite, je ne conduis jamais.

 

 

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Par Erika d.
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Jeudi 28 avril 2011 4 28 /04 /Avr /2011 17:02

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Normalement je publie un nouvel article tous les 14 du mois, avec une régularité d’horloger suisse. Enfin plus ou moins parce que le 14 avril dernier, je n’ai rien publié.

 

Le lendemain matin à 8 heures précises (ce qui correspond au milieu de la nuit pour moi), mon amie Eleonor m’appelle de Belgique :

 

« Dis donc, Erika, tu n’as rien posté sur ton blog hier. Déjà qu’avec un article par mois, tu ne te foules pas la rate au point qu’on pourrait se demander ce que tu traficotes toute la journée mais alors là ! Ca donne l’impression qu’on ne peut pas compter sur toi ».

 

J’ai eu vraiment honte. Même si j’ai de sérieuses difficultés organisationnelles et autres, je suis tout de même quelqu’un sur qui on peut compter. J’ai utilisé ma sempiternelle excuse, le « problème de câblage ». C’est une bonne excuse : ça fait sérieux et ça me permet de ne jamais mentir car j’ai souvent des soucis au niveau des câbles qui relient mon cerveau au reste de mon organisme. Je bugge en somme.

 

En réalité, le 14 avril dernier, j’ai passé la journée sous mon gros tas de coussins blancs. Il s’agit d’un ensemble de 22 oreillers de grande taille que je peux agencer à ma guise, soit en matelas douillet pour rêvasser, soit en cabane de tissu mou à l’intérieure de laquelle je m’isole totalement du monde extérieur. C’est là que j’attends l’inspiration : non pas des mots ou des idées (j’en ai assez, merci) mais une force mystérieuse à la voix puissante qui m’interpelle : « lève-toi et marche, agis ! ». Les jours sombres, je me tiens debout raide comme la pierre et j’organise autour de mon corps un tumulus de coussins en forme de pyramide. Je deviens la « statue de l’immobilité enfouie » ; ça fait presque peur car plus rien ne peut m’atteindre.

 

Or le 14 avril dernier, j’étais justement dans ma pyramide et je n’ai pas pu aller au web café poster mon article.

 

Heureusement, l’intervention divine d’Eleonor m’a rendu l’inspiration. J’ai décidé de revenir à une rigueur absolue. Nous sommes le 28 avril, soit le double du 14 avril. Or comme je publie habituellement UN nouvel article tous les 14 du mois et que 28 = 2 x 14, je vais publier DEUX articles aujourd’hui. Et tout rentrera dans l’ordre. Ouffff.

 

 

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Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 14:21

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Mon proverbe préféré est : « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». Si la sagesse populaire a vu juste, alors je suis d’une intelligence rare - à la limite du génie probablement - parce que je change d’avis toutes les vingt secondes.

                                                       

Un jour que j’avais décidé d’aller en Chine apprendre le mandarin, je me suis retrouvée en mission humanitaire au Congo. Et si je prépare des vacances aux Maldives, il y a de fortes chances pour que j’atterrisse en Bretagne ou en Belgique ; dans ces cas-là, c’est en général l’agent de voyage qui choisit pour moi en fonction de paramètres tout à fait pertinents : « vous n’avez que trois jours de vacances, les Maldives, c’est un peu loin, non ? ».

 

Je considère les rendez-vous pris à l’avance chez le coiffeur comme une absurdité. D’ailleurs, il suffit que je sois empaquetée dans un grand peignoir sans manches face à une paire de ciseaux pour que mes cheveux effrayés m’intiment l’ordre de les laisser pousser.

 

Ce blog est un exemple parfait de mes changements d’avis intempestifs. Au départ, j’avais pris la résolution de publier une fois par semaine, le mercredi, puis je me suis dit qu’une fois par mois suffirait mais je n’ai pas été en mesure de tenir le rythme, alternant entre des phases de frénésie rédactionnelle et des phases de cyber-éclipses. Paradoxalement, depuis que j’ai décidé de « bloguer quand ça me prend », je me retrouve à poster de nouveaux articles tous les 14 du mois, avec une régularité d’horloger suisse.

 

Le plus drôle, c’est quand j’ai un avis tranché. Si je décrète que « la grève et les manifs, franchement, ça fait pas progresser le PIB », je finis toujours par me laisser enrôler dans un défilé de cégétistes gonflés à bloc, soudain gagnée par leur enthousiasme révolutionnaire. Ou alors si je juge que « le violet, c’est moche » le lundi, j’achète un tee-shirt violet le mardi.

 

L’avantage de ce mode de pensée et d’action, c’est que je peux me permettre de prendre des mauvaises décisions, voire des décisions totalement stupides, puisque je sais que je ne vais pas les suivre. Malheureusement, dans nos sociétés modernes focalisées sur la planification, l’anticipation et la prévoyance, je me trouve souvent désorientée. Je me raccroche comme je peux aux branches de la flexibilité : si souvent valorisée mais si mal pratiquée ! Heureusement mes amis, eux, ont des repères solides, comme Camille qui a affiché dans sa salle de bain cette citation qui lui sert de devise : « rien n’est sûr mais c’est une piste ». Exactement.

 

Autre difficulté : mes compagnons successifs ont presque tous souffert du syndrome du paquet de cigarettes, créé de toutes pièces par les médias qui ne cessent de diffuser les témoignages larmoyants d’amoureux abandonnés sans préavis : « il a dit qu’il descendait juste acheter des cigarettes et puis il n’est jamais revenu ». Moi par exemple, lorsque je file vite fait à la boucherie chercher de quoi déjeuner, je reviens en général quatre à huit heures plus tard avec un journal, des timbres et un ours en peluche pour l’anniversaire de mon neveu, dans six mois. Entre temps, mon petit ami du moment est devenu hystérique, sous l’influence de ces reportages catastrophistes. Contrairement à ce que disent les médias, je reviens toujours. Mais nul ne peut prévoir quand, surtout pas moi.

 

Un de mes ex avait trouvé la parade idéale : chaque fois que je disais « je descends acheter du pain », il se levait d’un bond en criant « non, non j’y vais, repose-toi ». C’était idéal parce que comme j’avais décidé d’aller à la boulangerie, j’étais ravie de changer d’avis et de lire un bon bouquin à la place. Tout le monde était content et l’heure « normale » du repas était respectée. J’ai ajouté des guillemets au mot « normale » parce que selon moi le meilleur moment pour manger, c’est quand on a faim. Et ça peut arriver n’importe quand. La vie n’est pas prévisible.

 

« Au fond, tu ne sais pas ce que tu veux » m’a fait remarquer un esprit chagrin. L’explication est séduisante mais ça n’est pas du tout ça. Je sais parfaitement ce que je veux. Et ce que je veux par-dessus tout, c’est pouvoir changer d’avis et modifier mes plans ou mes idées en fonction de l’humeur du moment.

 

 

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Par Erika d.
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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 23:40

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Il y a peu de temps de cela, alors que je buvais un café en terrasse avec un ami juste en face du musée d’Orsay, j’ai eu droit sans l’avoir demandé à un masque capillaire à l’huile de crotte de pigeon. En d’autres termes, deux volatiles mal élevés se sont sentis suffisamment en confiance avec moi pour faire leur besoins, sans avertissement préalable, sur mes boucles scintillant de toute leur blondeur quelques mètres en dessous.

 

J’ignore tout des vertus de l’huile de crotte de pigeon mais je sais que son application laisse une trace jaunasse extrêmement collante sur les cheveux qui donne envie de rentrer chez soi illico faire un shampoing-démêlant-shampoing-démêlant-shampoing, etc jusqu’à n’avoir plus de doigts pour frictionner. Ce que j’ai fait.

 

Or il se trouve que quelques jours auparavant un de mes collègues avait laissé échapper un pet d’une puissance digne de la fusée Ariane en plein décollage et ce en ma présence, ce que j’avais déjà assez mal pris.

 

Entre pets et colique de pigeons, ma semaine prenait un tour décidément scatologique et j’ai commencé à interpréter un peu hâtivement cette succession d’événements malencontreux : « je suis vraiment dans la m…rde » en avais-je conclu, dans un accès de désespoir.

 

Seulement voilà : le lendemain, j’ai entendu à la radio que des chercheurs japonais de l’université de Keio avaient réalisé une étude sur le sens artistique des pigeons. Ill avait été prouvé scientifiquement que plus une œuvre avait de la valeur, plus les pigeons avaient tendance à déféquer dessus. C’est en tout cas ce que disait le présentateur radio…même si après une brève recherche Google, il s’est avéré que les conclusions de l’étude japonaise étaient un peu plus complexes que « crottes de pigeons sur objet ou sujet = chef d’œuvre ».

 

Evidemment j’ai préféré m’en tenir à la version simpliste et en repensant à la quantité phénoménale de déjections reçues, j’en ai conclu que ce n’était pas un hasard si les pigeons m’avaient désignée comme cible de tous leurs honneurs, alors que je me trouvais précisément en face du musée d’Orsay. Ma place n’était pas à l’extérieur mais bien à l’intérieur, accrochée au mur dans un cadre doré, entre un Van Gogh et un Monet !

 

Forte de cette nouvelle certitude, j’ai entamé la semaine suivante d’une humeur radieuse. Le vendredi soir, un jeune homme croisé dans un bar s’est mis à disserter longuement sur la magnificence de la courbe de mes mollets (enfin…de mes Monets) et sur la beauté inimitable de mes rotules, qu’il a fini tout bonnement par embrasser avant de s’éclipser, confirmant ainsi l’idée que j’étais un chef d’œuvre sur pattes.

 

Depuis je parade fièrement dans les rues de Paris avec un sourire énigmatique aux lèvres, à la Mona Lisa. Et de temps à autre, je jette des petits coups d’œil discrets vers le ciel, m’attendant joyeusement à une nouvelle volée de compliments.

 

 

 

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Par Erika d.
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