Un jour mon amie Kettie, qui est également blonde, m’a fait remarquer à juste titre :
« Erika, c’est curieux que tu n’arrives toujours pas à conduire alors que tu as ton permis depuis des années. Je me demande si tu ne souffres pas d’un trouble du dysfonctionnement, ça vaudrait la peine de poser la question à un psy ».
Comme Kettie est quelqu’un de très avisé – qui de surcroît conduit un minivan rose presque quotidiennement – j’ai suivi son conseil et je me suis engagée sur la voie de la thérapie, qui s’est révélée aussi périlleuse pour moi que la conduite automobile.
Le mot thérapie vient des racines grecques thê (dieu) et rapeuein (servir) auxquelles on a ajouté pi (∏ ou 3,14115) pour indiquer qu’il est très compliqué de soigner un individu souffrant d’autre chose que la grippe, surtout lorsqu’il s’agit de maux d’origine psychologique difficiles à cerner.
Donc j’ai commencé une psychothérapie tendance jungienne, du nom de son créateur Jung, découvert au hasard des pages jaunes. Jung c’est Freud version bouddhiste zen : on retrouve tous les concepts tortueux du moi, sur-moi, soi, ça et là mais on a le droit de faire du yoga en parallèle. Enfin, je crois. En fin de compte, c’est le même mille-feuille thérapeutique : on enlève une couche de névrose pour s’apercevoir qu’il en reste 999 autres et on en prend pour vingt-cinq ans, à raison de deux séances par semaine à soixante euros. Il faut pouvoir suivre. Histoire que j’en aie pour mon argent sans doute, le psy a essayé de me convaincre que j’avais été battue, molestée et trahie durant ma prime enfance, ce qui m’a évidemment mise dans un état pas possible. Cela revient à peu près au même que de montrer des films d’horreur avant de dormir à un enfant qui fait des cauchemars. Ce n’est pas sérieux du tout. J’ai donc remballé mon déni, mon refoulé et tous les autres ingrédients névrotiques qui font de moi un être unique pour entrer en rébellion en allant voir un comportementaliste.
Les comportementalistes sont les pires ennemis des psys parce qu’ils traitent les comportements sans chercher à les expliquer. Ca a donné à peu près ça :
- Alors qu’est-ce qui ne va pas, ma petite demoiselle ?
- Je n’arrive pas à conduire alors que j’ai mon permis
- Vous avez besoin de conduire ?
- Pas vraiment puisque j’habite à Paris et qu’il y a le métro
- Bon voilà déjà un problème résolu ! Autre chose ?
- Non…enfin, je n’arrive pas à travailler normalement, ni à vivre en couple, ni à vivre seule, d’ailleurs.
- Vous savez, vu le nombre de gens qui viennent me consulter, dites-vous bien que vous n’êtes pas la seule à avoir des problèmes !
Je suis sortie totalement ragaillardie. Mais six mois plus tard, Kettie m’a de nouveau fait remarquer fort judicieusement :
« Djamel m’a dit que tu lui avais demandé d’emprunter sa voiture quinze fois en deux mois et qu’il en a ras-le-bol parce que tu lui as bousillé son embrayage en essayant de démarrer en 5ème, et qu’en prime tu piques des crises de nerfs ingérables quand il te refuse sa Peugeot. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? ».
J’ai expliqué qu’effectivement, je me sentais beaucoup mieux depuis la séance avec le comportementaliste et que j’avais très envie de conduire, peut-être sans avoir abouti totalement le processus de développement de mes capacités de coordination physiques et mentales mais que j’attendais de mes amis qu’ils m’encouragent, au lieu de refuser de me prêter leur voiture sous des prétextes d’embrayage fallacieux. Kettie a décrété qu’elle m’apprendrait à conduire correctement, une fois que j’aurais réajusté mon comportement, chez le psy. L’idée de me trouver un jour au volant de son minivan rose m’a bien évidemment convaincue.
Je suis donc partie en quête d’une nouvelle forme de thérapie brève mais efficace, si possible. Après avoir épuisé en vain toutes les ressources de la sophrologie, du Gestalt, de l’hypnose, de l’analyse transactionnelle, de l’acupuncture et du shiatsu réunis, on m’a conseillé de tester la thérapie métaphysique ventrale du gourou Vardinashpatrak Radamvasilussomshamkpour. On vous allonge sur une table de massage et on vous fait pousser de grands « ooooom » en respirant très fort jusqu’à ce que vous arriviez à prononcer sans faute et d’une seule traite le nom du gourou Vardinashpatrak Radamvasilussomshamkpour. En gros, on vous guérit d’un autre problème que celui pour lequel vous êtes venu, sans que personne ne sache jamais exactement de quoi il retourne ni pourquoi ça fonctionne. Et tant mieux car c’est d’une rare efficacité.
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