« Que fait une blonde sur un circuit de Formule 1 ?
De l’auto-stop »
Certaines personnes trouvent ça drôle, moi non.
Une fois, j’ai attendu trois heures et demie en plein soleil au bord de la piste et personne ne semble s’être rendu compte de ma présence. J’ai failli tomber dans les pommes ; je ne me souviens même plus comment j’ai fait pour rentrer chez moi.
Même si je passe pour une imbécile, je recommencerai.
Je recommencerai parce que, moi, j’y crois dur comme fer : je suis persuadée qu’un jour, un pilote s’arrêtera en me voyant. Il se rendra brusquement compte qu’il en a marre de tourner en rond et il m’emmènera où je veux, et sans dépasser les limites de vitesse. J’ai peur quand on dépasse la vitesse autorisée.
Je passe pour une imbécile parce que je crois que la vie est un conte de fée et que ni les difficultés parfois insurmontables de l’existence, ni les sarcasmes des gens qui ont peur du rose et des paillettes ne me feront penser autrement.
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Il était une fois une blonde, au bord d’un circuit de Formule 1.
Défiant insolations, intempéries, faim, soif, fatigue musculaire et crashs de sortie de virage, elle avait connu – le bras tendu, le pouce levé, au bord de la piste- à peu près toutes les saisons.
Un jour de printemps alors qu’elle avait passé plus d’heures sur le circuit qu’un pilote vétéran, elle s’est aperçue que son tube de crème solaire était vide et que les bolides de compétition, en passant à toute allure le long de son coin de piste, avaient soufflé toutes les paillettes de son tee-shirt rose. Elle a laissé retomber son pouce et elle s’est effondrée par terre. Elle a brusquement arrêté de croire aux contes de fées et aux pilotes de Formule 1. Des larmes se sont mises à rouler sur sa peau desséchée. Elle a fermé les yeux et puis elle a entendu une voix : « mademoiselle, eh oh, mademoiselle ». Elle a ouvert les yeux et elle a vu un jean bleu clair puis un tee-shirt blanc puis une paire d’yeux turquoise avec de minuscules taches de lumière dorées.
- Il faut pas rester là vous savez, c’est dangereux.
- Je sais.
- Je suis garé à l’extérieur. Je peux vous conduire quelque part ?
Elle s’est relevée très lentement, en silence. Si on lui avait raconté qu’il existait des yeux de cette couleur-là, de cette douceur-là, avec une telle lumière à l’intérieur, elle n’y aurait jamais cru. Elle regarde l’homme d’un air un peu dubitatif ; il sourit et demande :
- Vous allez où ?
- Je sais pas…
- Ca tombe bien, moi non plus
L’homme en jean bleu clair lui ouvre la porte d’une petite Austin vert pomme, tellement vieille qu’elle n’est même plus capable atteindre la limite de vitesse. Il lui tend un jus de fruit glacé. Il démarre et elle l’observe attentivement, avec un sourire rêveur.
Le temps change, des nappes de brouillard apparaissent et les yeux virent à l’émeraude, éclairant le paysage alentour d’une lueur étrange, comme un vers luisant. Puis la brume se dissipe et elle aperçoit de petites voiles blanches qui flottent sur le regard bleu ultramarin. Elle sent quelque chose de rugueux sous les mains : c’est du sable. Elle se réveille sur la plage devant une baie tellement large que l’horizon semble sans fin.
Les yeux sont toujours là, ils ne la quittent pas. Elle se dit qu’il était temps qu’elle arrête de croire aux pilotes de Formule 1.
-FIN-
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